Pièces héritées : que faire de pièces trouvées dans une succession ?

Une boîte à biscuits au fond d’une armoire, une bourse en cuir dans un tiroir, un rouleau de pièces glissé dans un coffre bancaire : il est fréquent de découvrir des pièces anciennes en vidant la maison d’un parent disparu. Certaines n’ont qu’une valeur sentimentale, d’autres contiennent de l’or ou de l’argent, quelques-unes intéressent les collectionneurs. Avant de décider quoi que ce soit, mieux vaut procéder avec méthode. Voici les étapes, dans l’ordre.
Ne rien vendre, ne rien partager tout de suite
Le premier réflexe doit être de ne pas se précipiter. Tant que la succession n’est pas réglée, les pièces appartiennent à l’ensemble des héritiers, et non à celui qui les a trouvées. Les vendre, les distribuer ou les mettre de côté sans l’accord des autres peut créer des conflits durables, voire poser des difficultés juridiques.
Si un notaire est chargé de la succession, signalez-lui la découverte. Les pièces en métal précieux font partie du patrimoine du défunt et doivent, en principe, figurer dans la déclaration de succession. Les questions de déclaration, de valeur à retenir et de fiscalité sont traitées dans notre article sur l’or physique dans une succession ; pour votre situation précise, c’est le notaire qui vous guidera.
En attendant, rangez les pièces dans un endroit sûr, idéalement un coffre, et évitez de les transporter inutilement.
Ne surtout pas les nettoyer
Des pièces sorties d’un vieux tiroir sont souvent ternies, noircies ou couvertes de poussière. La tentation est grande de leur redonner de l’éclat. C’est une erreur. Un nettoyage, même doux, laisse des micro-rayures et supprime la patine naturelle ; un professionnel le repère au premier coup d’œil. Pour une pièce de collection, la perte de valeur peut être considérable.
Laissez les pièces telles quelles, manipulez-les par la tranche et ne les sortez pas des étuis, capsules ou plaques scellées dans lesquels elles se trouvent. Une pièce gradée sortie de sa plaque perd sa certification. Pour le rangement en attendant la suite, les conseils de notre article sur la conservation des pièces s’appliquent.
Faire l’inventaire
Un inventaire précis protège tout le monde : il évite les soupçons entre héritiers, facilite le travail du notaire et prépare l’estimation. Il est préférable de le réaliser à plusieurs, ou au moins de le partager avec tous les héritiers.
Pour chaque pièce ou chaque lot de pièces identiques, notez :
- le pays et la valeur faciale inscrite (20 francs, 10 dollars, 1 souverain…) ;
- le métal apparent (or, argent, autre) ;
- le millésime, c’est-à-dire l’année de frappe ;
- le nombre d’exemplaires ;
- le contenant d’origine (étui, tube, plaque scellée, simple sachet) ;
- la présence éventuelle de factures, certificats ou bordereaux d’achat.
Photographiez chaque face des pièces, sur un fond neutre, avec une règle ou un repère d’échelle. Conservez aussi tous les papiers retrouvés avec les pièces : une facture ancienne peut avoir de l’importance au moment d’une éventuelle revente.
Identifier les pièces
Une fois l’inventaire dressé, il faut savoir ce que l’on a entre les mains. On distingue en général trois familles :
| Type de pièces | Exemples fréquents | Ce qui fait la valeur |
|---|---|---|
| Pièces d’or courantes | 20 francs Napoléon, Marianne Coq, souverain, 20 francs suisse | surtout le poids d’or fin |
| Pièces d’argent courantes | Semeuse, Hercule, anciens écus | le poids d’argent, parfois l’état |
| Pièces de collection | millésimes rares, ateliers peu courants, très bel état | la rareté et l’état, bien au-delà du métal |
Les pièces d’or françaises sont présentées en détail dans notre rubrique pièces d’or françaises, avec une fiche par type. Les monnaies de nickel, de cuivre ou d’aluminium, très nombreuses dans les fonds de tiroir, ont rarement une valeur notable, sauf exception connue des numismates.
Méfiez-vous des faux, qui existent pour les pièces d’or comme pour les pièces d’argent. Une pièce d’or dont la couleur, le poids ou le son paraissent étranges mérite un contrôle professionnel. Notre article sur la reconnaissance des faux Napoléon donne les premiers repères.
Faire estimer
L’estimation sert à la fois à la déclaration de succession et au partage. Pour des pièces d’or ou d’argent courantes, la valeur dépend essentiellement du cours du métal le jour de l’estimation. Pour des pièces de collection, elle dépend aussi de la rareté et de l’état, qui demandent l’œil d’un numismate.
Quelques précautions :
- demandez une estimation écrite et datée ;
- faites estimer par au moins deux professionnels si le lot est important ;
- distinguez bien une estimation d’une offre de rachat : un professionnel qui estime n’est pas forcément celui à qui il faut vendre ;
- ne laissez pas les pièces hors de votre vue pendant l’expertise, sauf contre un reçu détaillé.
Si un notaire ou un commissaire de justice dresse l’inventaire officiel de la succession, il peut aussi faire appel à un expert.
Partager entre héritiers
Deux options principales existent : partager les pièces elles-mêmes, ou les vendre et partager le prix. Les pièces d’or courantes se prêtent bien à un partage en nature, puisqu’elles sont identiques et facilement divisibles en lots de valeur équivalente. Les pièces de collection, toutes différentes, sont plus délicates à répartir équitablement.
Le partage doit être formalisé, en particulier lorsqu’un notaire intervient : il fixe qui reçoit quoi et sur quelle base de valeur. Ce document a son importance : il prouve la propriété de chaque héritier et lui servira de justificatif s’il revend un jour ses pièces.
En résumé
- Ne rien vendre ni répartir avant l’accord de tous les héritiers.
- Ne jamais nettoyer les pièces, ne pas ouvrir les plaques scellées.
- Dresser un inventaire détaillé, avec photos et papiers retrouvés.
- Identifier, puis faire estimer par écrit, si possible deux fois.
- Formaliser le partage avec le notaire et garder tous les justificatifs.



