Les ateliers monétaires français et leurs lettres

Sur une 20 francs Napoléon III ou un écu de 5 francs, une petite lettre discrète accompagne souvent le millésime : A, BB, K… Elle indique l’atelier où la pièce a été frappée. Pendant des siècles, la France a fabriqué sa monnaie dans plusieurs villes à la fois, et chacune signait ses pièces d’une lettre. Savoir la lire permet d’identifier précisément une pièce, et parfois de repérer un exemplaire plus rare que les autres. Voici comment fonctionne ce système, et où regarder.
Une monnaie fabriquée dans plusieurs villes
Sous l’Ancien Régime, la frappe de la monnaie était répartie entre de nombreux ateliers dans le royaume. L’usage d’attribuer une lettre à chaque atelier s’est généralisé au XVIe siècle et a été conservé, avec des adaptations, jusqu’au XXe siècle. Le nombre d’ateliers a ensuite été progressivement réduit, pour des raisons de coût et de contrôle, jusqu’à la concentration de la frappe à Paris.
Aujourd’hui, la Monnaie de Paris fabrique les pièces courantes dans son établissement de Pessac, en Gironde, tandis que le site historique du quai de Conti, à Paris, conserve notamment la production de pièces de collection et de médailles.
Les principales lettres d’atelier
Les lettres ci-dessous sont celles que l’on rencontre le plus souvent sur les pièces françaises du XIXe siècle. Toutes n’ont pas frappé de l’or, et certains ateliers n’ont fonctionné que pendant une partie de la période.
| Lettre | Atelier |
|---|---|
| A | Paris |
| B | Rouen |
| BB | Strasbourg |
| D | Lyon |
| H | La Rochelle |
| I | Limoges |
| K | Bordeaux |
| L | Bayonne |
| M | Toulouse |
| MA | Marseille |
| Q | Perpignan |
| T | Nantes |
| W | Lille |
Pour les pièces d’or du XIXe siècle, les lettres les plus courantes sont de loin A (Paris) et BB (Strasbourg). La lettre K (Bordeaux) se rencontre notamment sur des pièces des années 1870, période où l’atelier a pris le relais de Strasbourg. L’atelier de Strasbourg cesse en effet de frapper pour la France avec la guerre de 1870 et l’annexion de l’Alsace qui s’ensuit.
Sous le Premier Empire, l’extension du territoire a aussi conduit à ouvrir des ateliers hors des frontières actuelles, avec leurs propres lettres. Ces pièces sont plus spécialisées et relèvent d’un catalogue numismatique détaillé.
Le différent, signature du responsable
À côté de la lettre d’atelier figurent souvent un ou deux petits symboles : ce sont les différents. Ils identifient la personne responsable de la fabrication, selon les époques le directeur de l’atelier ou le graveur général. Un différent peut prendre la forme d’un objet, d’un animal ou d’un emblème (une ancre, une abeille, une étoile, une main…).
Le différent avait une fonction de contrôle : en cas de pièce trop légère ou d’alliage non conforme, on savait qui en portait la responsabilité. Pour le collectionneur, il sert à dater plus finement une frappe, puisque le différent change lorsque le titulaire de la charge change.
Depuis la fin du XIXe siècle, les pièces françaises portent aussi la corne d’abondance, marque de la Monnaie de Paris, accompagnée du différent du graveur général ou du directeur. On la retrouve encore aujourd’hui sur les euros français.
Où lire la lettre et le différent
L’emplacement varie selon les types, mais quelques repères aident :
- sur les pièces d’or du XIXe siècle (20 francs Napoléon, Cérès, Génie), la lettre d’atelier se trouve généralement près du millésime ou au bas d’une des faces, souvent encadrée par les différents ;
- sur les écus de 5 francs Hercule, elle est placée au voisinage de la date ;
- sur les pièces du XXe siècle, frappées presque toutes à Paris, la lettre disparaît souvent et seuls subsistent la corne d’abondance et le différent.
Une loupe est indispensable : ces marques sont petites et s’usent vite sur les exemplaires qui ont beaucoup circulé. Pour les termes employés ici (revers, millésime, différent), voir notre lexique numismatique.
Pourquoi l’atelier compte
Pour une pièce d’or courante achetée pour son métal, l’atelier ne change rien au poids d’or fin : une 20 francs or Napoléon III tête laurée frappée à Paris contient exactement autant d’or que sa sœur frappée à Strasbourg.
Pour un collectionneur, en revanche, le couple millésime-atelier est la clé d’identification. Pour un même millésime, un atelier peut avoir frappé beaucoup moins de pièces qu’un autre, et cette différence de tirage se répercute sur la rareté. C’est pourquoi les catalogues numismatiques listent chaque pièce par année et par atelier, avec le nombre d’exemplaires frappés quand il est connu.
C’est aussi un point de vigilance : une lettre d’atelier rare peut être imitée ou retouchée sur une pièce commune pour en augmenter la valeur. Avant tout achat d’un exemplaire présenté comme rare, il est prudent de demander l’avis d’un numismate.
Les lettres sur les pièces étrangères
Le principe n’est pas propre à la France. Plusieurs pièces d’or que l’on croise sur le marché portent elles aussi une marque d’atelier :
- la 20 francs suisse Vreneli porte la lettre B, pour Berne ;
- les 20 Reichsmarks or allemandes portent une lettre par atelier (A pour Berlin, D pour Munich, F pour Stuttgart, J pour Hambourg, entre autres) ;
- les pièces d’or américaines portent souvent une lettre (S pour San Francisco, CC pour Carson City, O pour La Nouvelle-Orléans, D pour Denver), celles de Philadelphie n’en ayant généralement pas.
En résumé
La lettre d’atelier dit où la pièce a été frappée, le différent dit sous quelle responsabilité. A pour Paris et BB pour Strasbourg sont les plus fréquentes sur l’or français du XIXe siècle. Ces marques ne changent rien au poids de métal, mais elles sont décisives pour identifier une pièce et juger de sa rareté.



