Les graveurs qui ont dessiné les pièces françaises

Derrière chaque type monétaire se cache un artiste. La Semeuse, le Coq, le Génie ou l’Hercule ne sont pas des motifs anonymes : ils ont été conçus par des graveurs et des médailleurs, souvent parmi les meilleurs sculpteurs de leur temps. Leur nom figure d’ailleurs fréquemment sur la pièce elle-même, en petits caractères. Voici les principaux auteurs des pièces d’or et d’argent françaises que l’on rencontre le plus souvent.
Le graveur général des monnaies
Pendant longtemps, la France a confié la création de ses monnaies à un fonctionnaire de haut rang : le graveur général des monnaies. Il avait la charge de réaliser ou de superviser les effigies et les poinçons servant à fabriquer les coins pour l’ensemble des ateliers du pays. La fonction a été tenue par des artistes de grand talent, et parfois transmise de père en fils.
Au tournant du XXe siècle, l’État a aussi fait appel à des médailleurs extérieurs, choisis pour renouveler l’image de la monnaie. C’est à cette époque que naissent la Semeuse et le Coq.
Augustin Dupré : l’Hercule et le Génie
Augustin Dupré est le graveur de la Révolution. Nommé graveur général à cette époque, il crée deux motifs qui traverseront les siècles.
Le Génie représente un ange ailé gravant la Constitution sur une tablette. Il apparaît sur les monnaies révolutionnaires, puis est repris sous la Troisième République sur les pièces d’or de 20 et de 100 francs, que l’on appelle couramment la 20 francs or Génie.
L’Hercule montre le héros unissant la Liberté et l’Égalité, accompagné de la devise « Union et Force ». Créé sous le Directoire, ce groupe figure sur les écus de 5 francs de l’an IV à l’an XI. Il est repris à plusieurs reprises : sur les 5 francs de la Deuxième puis de la Troisième République, puis, au XXe siècle, sur les pièces d’argent de 10 francs et de 50 francs. Peu de motifs ont connu une telle longévité.
Les Barre : les Napoléon du Second Empire
Le nom de Barre est associé à deux générations de graveurs généraux. Jean-Jacques Barre a notamment gravé l’effigie de Napoléon III à tête nue qui orne les premières pièces du Second Empire, dont la 20 francs or Napoléon III tête nue.
Son fils, Albert-Désiré Barre, lui succède comme graveur général et réalise l’effigie de l’empereur à tête laurée, couronnée de lauriers, utilisée à partir du début des années 1860. Les deux portraits se distinguent au premier coup d’œil, ce qui permet de dater approximativement une pièce de Napoléon III avant même de lire son millésime.
Pour la Cérès de la Deuxième République, la prudence s’impose : ce type est issu du concours monétaire organisé en 1848, et les attributions varient selon les valeurs et les sources. Mieux vaut se reporter à un catalogue spécialisé pour une pièce précise.
Jules-Clément Chaplain : le Coq
Jules-Clément Chaplain, médailleur reconnu de la fin du XIXe siècle, est l’auteur de la pièce d’or la plus diffusée de la Troisième République : la 20 francs Marianne Coq, frappée à partir de 1899.
Au droit, une Marianne coiffée d’un bonnet phrygien orné de feuilles de chêne ; au revers, un coq gaulois dressé, entouré de la devise « Liberté Égalité Fraternité ». Le style, plus souple que celui des pièces précédentes, témoigne de l’influence de l’art de la médaille de la Belle Époque. La pièce de 10 francs en or reprend le même type. Pour en savoir plus, consultez la fiche de la 20 francs or Marianne Coq.
Oscar Roty : la Semeuse
Oscar Roty est sans doute le graveur le plus célèbre de la monnaie française. Médailleur de grand renom, il crée la Semeuse, une jeune femme coiffée d’un bonnet phrygien qui sème le grain, avançant face au soleil levant. Le motif apparaît en 1898 sur les pièces divisionnaires en argent de 50 centimes, 1 franc et 2 francs.
La Semeuse connaît une fortune exceptionnelle. Elle revient sur la pièce de 5 francs en argent du nouveau franc dans les années 1960, puis sur des pièces de nickel, et une version modernisée figure encore sur les pièces françaises de 10, 20 et 50 centimes d’euro. Elle a aussi été utilisée sur des timbres-poste.
Où lire la signature du graveur
Les graveurs signent généralement leurs œuvres en petits caractères, le plus souvent sous le buste ou au bas du motif, près du listel. Selon les pièces, on trouve :
- le nom complet ou abrégé, par exemple « O. ROTY » ou « DUPRÉ » ;
- un nom suivi d’une indication de fonction, comme sur certaines pièces signées par un graveur général ;
- parfois seulement des initiales.
Une loupe est indispensable pour les lire. Ces signatures sont aussi un point de contrôle utile : sur une imitation grossière, elles sont souvent empâtées ou mal formées.
| Graveur | Motifs principaux | Exemples de pièces |
|---|---|---|
| Augustin Dupré | Hercule, Génie | 5 francs Hercule, 20 francs or Génie |
| Jean-Jacques Barre | Napoléon III tête nue | 20 francs or tête nue |
| Albert-Désiré Barre | Napoléon III tête laurée | 20 francs or tête laurée |
| Jules-Clément Chaplain | Marianne et Coq | 10 et 20 francs or Coq |
| Oscar Roty | Semeuse | 1 et 2 francs argent, 5 francs argent des années 1960 |
Des œuvres d’art en poche
Ces graveurs ont fait de pièces destinées à la circulation de véritables petites sculptures. Pour l’amateur, connaître leur nom et leur style ajoute une dimension artistique à la collection, au-delà du poids de métal. Pour comparer les différents types, parcourez notre rubrique des pièces d’argent.



