Contrôler soi-même ses pièces d'argent

On pense volontiers que seules les pièces d’or sont copiées. C’est une erreur : les fausses pièces d’argent existent en grand nombre, des écus anciens aux pièces d’investissement modernes. Elles sont souvent en cuivre, en laiton ou en alliage de nickel, simplement argentées en surface. Comme une pièce d’argent vaut beaucoup moins qu’une pièce d’or, on la contrôle rarement, et c’est précisément ce sur quoi comptent les faussaires. Bonne nouvelle : plusieurs vérifications simples, qui n’abîment pas la pièce, écartent la plupart des copies.
Connaître la pièce de référence
Tout contrôle commence par une valeur de référence. Pour les pièces d’argent françaises les plus courantes, les caractéristiques officielles sont les suivantes :
| Pièce | Poids | Titre | Diamètre |
|---|---|---|---|
| 1 franc Semeuse (1898-1920) | 5 g | 835 ‰ | 23 mm |
| 2 francs Semeuse (1898-1920) | 10 g | 835 ‰ | 27 mm |
| 5 francs Semeuse (1959-1969) | 12 g | 835 ‰ | 29 mm |
| 5 francs Hercule (XIXe siècle) | 25 g | 900 ‰ | 37 mm |
| 10 francs Hercule (1965-1973) | 25 g | 900 ‰ | 37 mm |
Le détail de chaque type figure dans nos fiches, par exemple la 5 francs Semeuse argent ou la 10 francs Hercule argent. Attention à un piège fréquent : la 5 francs Semeuse a continué d’être frappée à partir de 1970 avec le même dessin, mais en nickel. Ces pièces ne contiennent pas d’argent. Le millésime suffit à les distinguer.
La balance et le pied à coulisse
C’est le duo le plus efficace pour un particulier. Une balance au centième de gramme et un pied à coulisse suffisent.
L’argent est un métal dense, plus que le cuivre ou le nickel. Pour atteindre le bon poids avec un métal moins dense, le faussaire doit augmenter le volume de la pièce : elle sera plus épaisse ou plus large. À l’inverse, s’il respecte les dimensions, la pièce sera trop légère. Une pièce qui a à la fois le bon poids et les bonnes dimensions a donc franchi l’obstacle principal.
Une pièce ancienne ayant beaucoup circulé peut avoir perdu un peu de métal par l’usure : un léger déficit de poids n’est pas suspect en soi. Un écart net, ou un poids correct associé à une épaisseur anormale, doit en revanche alerter. Comparer avec une pièce du même type dont on est sûr reste la meilleure méthode.
L’aimant
L’argent n’est pas magnétique. Une pièce qui colle franchement à un aimant contient du fer ou du nickel : elle n’est pas en argent massif.
Il existe une variante plus fine, surtout utile pour les pièces épaisses et les lingotins. L’argent conduit très bien l’électricité. Lorsqu’on fait glisser un aimant puissant (néodyme) sur une surface d’argent inclinée, des courants induits dans le métal le freinent : l’aimant descend lentement, comme retenu. Sur un métal mauvais conducteur, il glisse beaucoup plus vite. Ce test demande un aimant puissant et une pièce assez grande pour être concluant.
Le son
Posée en équilibre sur le bout d’un doigt et frappée doucement avec une autre pièce, une pièce d’argent rend un son clair et long, une sorte de tintement prolongé. Une copie en métal commun sonne souvent plus sourd et plus bref.
Ce test a deux limites. Il demande une oreille exercée, idéalement avec une pièce authentique à côté pour comparer. Et il ne fonctionne pas sur une pièce fêlée, sous capsule ou trop petite.
Le test de la glace
L’argent est le métal qui conduit le mieux la chaleur. Posez un glaçon sur une pièce d’argent à température ambiante : il commence à fondre presque aussitôt, comme si la pièce était chaude, car le métal lui transmet très vite la chaleur de la pièce. Sur une pièce en cuivre-nickel ou en laiton, la fonte est nettement plus lente.
Le test ne prouve rien seul : le cuivre, lui aussi, conduit très bien la chaleur. Il sert surtout à écarter les copies en alliages bon marché, et il est plus parlant sur une grosse pièce que sur une petite.
L’examen à la loupe
Une loupe de grossissement 10 complète utilement ces tests :
- une couche d’argenture usée sur les reliefs, laissant apparaître un métal jaune ou rouge, trahit une pièce plaquée ;
- des grains ou de petits trous dans le champ signalent une pièce coulée ;
- des lettres molles ou déformées dans la légende, une tranche mal faite ou un millésime qui n’existe pas pour ce type doivent faire douter.
Une patine noire ou irrégulière, en revanche, n’est pas un indice de faux : l’argent ternit naturellement au contact de l’air. Ne cherchez surtout pas à la retirer (voir notre article sur la conservation des pièces).
Les limites de ces contrôles
Ces vérifications éliminent les faux grossiers, qui sont les plus nombreux. Elles ne garantissent pas l’authenticité d’une copie soignée, frappée dans un argent de bon titre, ni d’une pièce de collection dont la date ou l’atelier aurait été modifié. Elles ne mesurent pas non plus le titre exact du métal.
Les tests à l’acide, à la lime ou à la pierre de touche sont à proscrire sur une pièce qu’on veut garder ou revendre : ils laissent une trace. En cas de doute sérieux, ou avant l’achat d’une pièce rare, mieux vaut s’adresser à un professionnel équipé. Ses méthodes sont décrites dans notre article sur le contrôle professionnel des pièces.
En résumé
- Partir des caractéristiques officielles de la pièce.
- Peser et mesurer ensemble : c’est le contrôle le plus fiable à la maison.
- Aimant, son et glace écartent les copies en métal commun, sans rien prouver seuls.
- Ne jamais gratter, limer ou nettoyer.
- Confier les cas douteux et les pièces rares à un professionnel.



